|
  
[ Terroirs et traditions|
résumé vinification |Poésie du vin ]
"Pour noyer la
rancœur et
bercer l'indolence
De tous ces vieux maudits qui meurent
en silence
Dieu, touché de remords, avait fait
le sommeil ;
L'homme ajouta le Vin, fils sacré du
Soleil !"
BAUDELAIRE, Les fleurs du mal.
LE
VIN DE LA BIBLE
"Avec le
vin, ne fais pas le brave, car le vin a perdu bien des gens ...
Le vin est comme la vie pour l'homme, si tu bois dans
la juste mesure ...
Il a été fait pour réjouir les hommes. Allégresse
de coeur et joie de l'âme, tel est le vin pris à temps et suffisamment. Amertume de
l'âme est le vin bu en abondance, produisant excitation et faux pas.
L'ivresse accroît la fureur de l'insensé et le fait
tomber.
Livre de l'Ecclésiastique, 31, les festins,
Traduction du chanoine Crampon, Tournai, 1894. |
L'AME DU VIN
Un soir, l'âme du vin chantait dans les
bouteilles :
"Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,
Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,
Un chant plein de lumière et de fraternité
Je sais combien il faut, sur la colline en flammes,
De peine, de sueur et de soleil cuisant
Pour engendrer ma vie et pour me donner l'âme,
Mais je ne serai point ingrat, ni malfaisant,
Car j'éprouve une joie immense quand je tombe
Dans le gosier d'un homme usé par ses travaux,
Et sa chaude poitrine est une douce tombe
Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux.
Entends-tu retentir les refrains des dimanches
Et l'espoir qui gazouille en mon sein palpitant ?
Les coudes sur la table en retroussant tes manches,
Tu me glorifiera et tu sera content ;
J'allumerai les yeux de ta femme ravie,
A ton fils, je rendrai sa force et ses couleurs
Et je serai pour ce frêle athlète de la vie
L'huile qui raffermi les muscles des lutteurs
En toi je tomberai, végétale ambroisie,
Grain précieux jeté par l'éternel semeur,
Pour que de notre amour naisse la poésie
Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur.
Charles BAUDELAIRE -Les fleurs du mal 
Petit piqueton de Mareuil,
Plus clairet qu'un vun d'Argenteuil,
Que ta saveur est souveraine !
Les Romains ne t'ont pas compris
Lorsqu'habitant l'ancien Paris
Ils te préféraient le Surène.
Ta liqueur rose, ô joli vin !
Simple faite du sang divin
De quelque nymphe bocagère ;
Tu perles au bord désiré
D'un verre à côtes, coloré
Par les teintes de la fougère.
Tu me guéris pendant l'été
De la soif qu'un vin plus vanté
M'avait laissé depuis la veille ;
Ton goût suret, mais doux aussi,
Me rafraîchit quand je m'éveille.
Et quoi ! si gai dès le matin,
Je foule d'un pied incertain
Le sentier où verdit ton pampre !...
- Et je n'ai pas de Richelet
Pour finir ce docte couplet
Et trouver une rime en ampre.
Gérard de Nerval
|